Aujourd’hui, la marche pour le climat a été un grand succès, partout en France. J’avais suivi L’affaire du siècle, une action judiciaire menée par quatre associations visant à poursuivre l’Etat français pour inaction climatique, dès le début. Une pétition ayant recueilli plus de deux millions de signatures appuie cette démarche. Je l’évoque dans Le temps de l’alternative, page 73, en conclusion de mes propositions consacrées à l’écologie. Il est stupéfiant que le Président Macron, comme il vient de le déclarer, « ne comprenne ni les tenants ni les aboutissants » de cette démarche. C’est pourtant clair : un signal sans équivoque est adressé aux gouvernants par des peuples résolus à les rappeler à leur responsabilité. Le temps des promesses purement déclaratives et des grands sommets sans lendemain est fini.

 

Ce matin, j’ai fini de lire le Manifeste que les initiateurs de l’Affaire du siècle ont publié hier (Massot Editions). Il s’intitule Comment nous allons sauver le monde Manifeste pour une justice climatique. C’est un texte très inspirant, bien écrit. Il m’inspire trois réflexions.

 

La première : je me réjouis que cette analyse ne limite pas l’écologie à une sphère déconnectée des autres questions politiques. Quand je lis : « Ce combat-là n’annule aucun des autres, il les contient tous. Lutter contre l’asservissement de la Terre, c’est lutter contre ceux qui la dominent. Nous dominent. », je vois que nous sommes de plus en plus nombreux à penser l’écologie comme une question politique globale. Un exemple, parmi d’autre, l’illustre : le mal logement, la précarité, la déperdition d’énergie faute d’isolation thermique, l’augmentation des dépenses de chauffage, la baisse du pouvoir d’achat, l’augmentation de la quantité de gaz à effet de serre… Tout est lié, et se conjugue pour rabaisser notre humanité.

 

La seconde réflexion touche à la dramatisation du propos. Le manifeste hurle l’urgence. La catastrophe climatique est en cours. Si rien n’est fait nous devrons vivre dans un écosystème hostile. Cette conscience de l’urgence est le point de départ de ce manifeste: « Aux hommes de réparer les dégâts des hommes. Il nous reste à peine quelques années pour corriger la courbe mortifère. Nous n’avons pas le droit d’échouer. […] Nous sommes la dernière génération, la dernière chance donnée au monde. » C’est, en effet, une question de survie pour notre espèce. Mais en avoir conscience et le proclamer ne suffira pas à arrêter la catastrophe annoncée. Le livre Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie de Jared Diamond, explique très bien de quelle manière certaines sociétés humaines ont choisi l’extinction, plutôt que de changer de mode de vie en préservant un environnement pérenne. La peur n’a jamais empêché les humains de prendre des risques ! Au lieu d’essayer de mobiliser uniquement par l’argument de la peur, il faut relier l’écologie et l’émancipation humaine dans un projet plus vaste, celui d’une vie meilleure et plus juste. Voilà pourquoi, dans mon livre, j’invite à l’établissement d’une écologie de la création, fondée « dans un équilibre entre la pérennité de la Terre et la possibilité de l’épanouissement humain.»

 

Troisième réflexion: comment, par quelles voies, avec quels moyens, et au travers de quelles répartition des responsabilités, pouvons-nous choisir de changer le cours des choses ? C’est la question politique essentielle. Dans Le temps de l’alternative, je remarque que la puissance publique et le capitalisme se sont unis pour produire le modèle de production et de consommation carboné dont nous dépendons aujourd’hui. C’est donc à l’État et aux acteurs économiques, les plus importants, qu’il incombe de prendre en charge financièrement la sortie graduelle de ce modèle. Prétendre que la réduction de notre production de gaz à effet de serre, comme toutes les autres actions pour restaurer la planète, reposent d’abord sur les épaules des citoyens, les taxer pour cela, revient pour les dirigeants à se défausser de leurs propres responsabilités. Un seul chiffre, cité par le Manifeste pour une justice climatique, le dit mieux que tout : entre 1988 et 2015, 25 firmes publiques et privées et leurs filiales sont responsables de 71% des émissions de gaz à effet de serre. C’est pourquoi, alors que ce gouvernement essaye de diluer sa responsabilité écologique et d’en transférer une partie dans la barque déjà surchargée des ménages, le Manifeste pour une justice climatique est porteur de sens. Justice climatique et justice sociale doivent se prendre par la main. Ou bien la statu quo destructeur perdurera.

 

@uncitoyen2019